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3. Participer aux élections, contre l'électoralisme

Lorsqu’on pense à un parti politique, on pense aux élections et à l’Assemblée nationale. Et avec une victoire électorale en main, on pense gagner le pouvoir. C’est pourquoi un parti politique se concentre avant tout sur le travail électoral. C’est d’ailleurs pourquoi QS a principalement développé ses capacités d’organisation électorale et de communication nationale, plutôt que ses capacités d’intervention et d’action dans les mobilisations en cours. C’est ce choix stratégique qui vide en partie de son sens la fameuse formule du « parti des urnes et de la rue », le plus souvent utilisée comme un slogan sans véritable implication pratique.

Il faut admettre que 10 ans consacrés à l’élaboration du programme ont pris beaucoup de notre temps entre les élections. Cela a limité les énergies militantes disponibles pour la réalisation de campagnes politiques de plus grande envergure. Néanmoins, la conception floue dans QS de ce que pourrait être un parti de la rue n’a pas aidé.

Différentes visions coexistent au sein de QS à propos de la stratégie politique. De manière très schématique, une première stratégie envisage principalement la progression électorale pour arriver au gouvernement, et être ainsi en position de changer la société « par en haut ». Une autre envisage la combinaison de cette première perspective avec la création effective d'un front de résistance aux politiques néolibérales, dans la perspective du dépassement du capitalisme.

À défaut d’être pondérées et articulées en une stratégie cohérente, ces deux approches deviennent contradictoires. Si participer aux élections demeure essentiel pour un parti comme le nôtre, la place que celles-ci occupent dans notre travail politique et la manière d’y participer ne doivent   pas céder aux tentations électoralistes.

Tendances électoralistes

Les tendances électoralistes se manifestent à travers les pratiques suivantes, observées plus ou moins dans QS ces dernières années:
  • Parlementarisme: limiter parfois la critique des partis néolibéraux pour se concentrer plutôt sur l’aménagement de microréformes possiblement gagnables par le jeu parlementaire; travailler ainsi à des consensus avec d’autres partis pour tenter d’améliorer à la marge des projets de loi en soi inacceptables. 
  • Vedettariat: recruter des candidat.e.s basé.e.s sur leur notoriété médiatique préalable; par ailleurs, cette équipe de candidates et de candidats devrait apparaître comme une équipe de personnes ministrables; 
  • Priorité donnée aux stratégies de communication
  • Asseoir la crédibilité économique de QS en démontrant principalement l’ouverture aux propositions des acteurs et actrices de l’économie sociale, des coopératives et des petites et moyennes entreprises, sans voir les limites et défis de ces secteurs dans le cadre du marché capitaliste et de la restructuration néolibérale de l’État. Insister sur la nécessité de présenter des budgets équilibrés lors des campagnes électorales. 
  • Alliances électorales: envisager différentes   formes de convergence avec le Parti québécois afin de faire des gains électoraux, se   débarrasser du gouvernement Couillard, et réaliser la réforme du mode de scrutin ou la Constituante.
  • Pétitions « instrumentales »: les associations locales sont de plus en plus encouragées à faire signer des pétitions qui ne sont pas toujours articulées à un plan d’action visant à renforcer la lutte en cours (ex. ces pétitions ne sont pas toujours déposées à l’Assemblée nationale). 
  • Centralisation et professionnalisation du militantisme: concentration des moyens financiers dans le travail national et de communication, plutôt que dans le développement des associations en régions, la formation des membres et la mobilisation dans les luttes. 

Quel saut qualitatif ? 

Sous peine de perdre sa crédibilité, plusieurs pensent que QS doit faire un bond très significatif dans ses résultats électoraux aux prochaines élections. Nous sommes foncièrement convaincus que notre parti doit faire des gains au niveau électoral et agir dans l’enceinte parlementaire. Être un parti en croissance n’est pas mauvais en soi, bien au contraire. Nous ne voulons pas nous cantonner à être la conscience morale de l’Assemblée nationale, en visant un député ou une députée de plus par élection. Mais il s’agit de voir comment on envisage cette croissance et les manières d’y parvenir.

Il s’agit surtout d’éviter le déséquilibre entre le travail électoral et parlementaire, et le travail d’enracinement au sein des luttes dans et avec  les mouvements sociaux. C’est pourquoi un « saut qualitatif » doit être évalué en termes de croissance de la gauche au Québec dans ses multiples facettes. Ainsi, il faut se donner des objectifs à la fois électoraux et non-électoraux, mais qui demeurent tout autant cruciaux pour développer nos capacités de changer le Québec.

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Quel pouvoir voulons-nous ?

L’histoire nous enseigne que gagner les élections et former un gouvernement ne suffisent pas pour changer la société. Ces dernières décennies, des partis sociaux-démocrates, puis de gauche radicale, ont eu tendance une fois au gouvernement, à fléchir devant les pressions des acteurs économiques. Ceci les a conduits à abandonner les mesures radicales de leur programme, à recentrer leur message, à poursuivre les plans d’austérité de leurs prédécesseurs, soit malgré eux, ou pire, parce qu’ils ont embrassé la logique néolibérale. L’espoir qu’un autre monde soit possible laisse alors la place au fatalisme. À la lueur de ces expériences, il faut collectivement faire ce constat: il manque dans QS une réflexion sur ce que signifie « prendre le pouvoir ». L’élaboration de notre programme a laissé en suspens une question qu’il faut maintenant ensemble aborder: comment  réaliser notre projet de société dans le contexte des rapports de pouvoir qui traversent le Québec et le monde d’aujourd’hui?

6. Éviter les pièges des médias de masse

Pour un parti politique qui veut diffuser son  message et augmenter la portée de ses idées, des impératifs d’efficacité obligent à recourir à la communication et à passer par le canal des médias. L’espace médiatique nous impose du coup ses contraintes. Et cet espace structure une bonne partie de l’activité de Québec solidaire entre deux élections. Il est possible de faire un travail médiatique tout en restant fidèle à nos positions, et nos porte-paroles l’ont amplement prouvé: les événements du Printemps érable, le travail de Françoise, Amir, Manon et maintenant Gabriel démontrent que nous sommes capables de défendre notre posture et de venir bousculer l’espace médiatique, de le polariser à gauche, de verbaliser d’autres discours, trop peu entendus dans cet espace-là. Mais il ne faudrait pas oublier que la politique se joue dans un espace défini par les médias, pour la plupart aux mains de grands conglomérats médiatiques privés, avec un biais idéologique prononcé, et que ceux-ci s’en s